Du professeur connecté à l’étudiant connecté

Question 1 : Quelles sont vos réactions spontanées par rapport à l’expérience personnelle relatée par la conférencière ?

La stratégie de veille informationnelle décrite par la conférencière est limpide, tant au niveau du processus mis en place qu’au niveau des outils utilisés. Je reconnais, en partie, ma propre pratique que j’aurai l’occasion d’expliquer dans la réponse à la deuxième question.

L’éducation ouverte mentionnée en fin d’exposé repose sur le partage de ressources que les membres de la communauté peuvent s’approprier et remodeler selon leurs besoins. N’est-ce pas une utopie ? Il y a encore beaucoup d’enseignants réfractaires au partage, cherchant par tous les moyens à protéger leurs productions. Dans cet article au titre évocateur « Le système éducatif rend les enseignants individualistes », Vincent Dupriez, Professeur à l’UCL dit ceci : « L’organisation en structure cellulaire, chacun dans sa classe bien fermée, est tellement puissante qu’après deux ou trois ans, les enseignants l’ont pleinement intégrée, et ils deviennent peu ouverts à un travail collaboratif. ». La situation est-elle différente dans l’enseignement supérieur ? Je ne prétends pas connaître la situation dans d’autres établissements, ni même dans d’autres disciplines que la mienne mais actuellement, le travail collaboratif entre enseignants n’est pas la norme mais plutôt l’exception.

Lorsque j’entends la conférencière relater une expérience longue de huit ans avec les médias sociaux, je ne peux pas m’empêcher de penser au retard que nous avons accumulé dans l’utilisation des technologies en enseignement. Lors de la séance de questions-réponses, quelques participants à la conférence annoncent d’emblée leur manque de familiarité avec des outils tels que Twitter. C’est un obstacle important lorsqu’il s’agit de coopérer entre enseignants. Le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) est particulièrement dynamique, il serait souhaitable que chacun prenne en charge sa propre formation via des cours en ligne, tutoriels et autres ressources à la portée de tous qui pourraient être sélectionnées par un conseiller techno-pédagogique (si cette fonction existe au sein de l’établissement).

Capture
Retweet effectué en mai 2015

En matière d’outils, la conférencière rassure une participante en disant que n’importe quelle plateforme peut convenir. En l’occurrence, il s’agissait d’utiliser Facebook au lieu de Twitter pour recueillir des informations. Ces médias sociaux n’ont pas les mêmes principes de fonctionnement. Facebook filtre en permanence les publications qui apparaitront sur le mur de l’utilisateur via un algorithme (EdgeRank) alors que ce n’est pas le cas sur Twitter. Il faut le savoir
Les médias sociaux apportent la dimension humaine qu’il manque aux outils capables de traitement formel sur l’information et par là, peut-être une part de sémantique promise et attendue dans la version 3.0 du web.

Je suis intéressée par la manière dont la conférencière transfère sa pratique aux étudiants. Elle dit encourager (« forcer ») les étudiants à créer leur réseau personnel d’apprentissage. Sa position interpelle d’ailleurs un participant qui parle d’inversion de point de vue : « les profs incitent à la connectivité alors que c’est habituellement l’inverse ». Face à de futurs enseignants, il ne suffit pas de les inciter à utiliser les réseaux sociaux, il faut aussi insister sur les risques liés à leur utilisation. Ce sujet est développé dans le fascicule À la conquête des réseaux sociaux édité par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans la conférence, les bénéfices qu’apportent les médias sociaux sont amplement développés par contre, on peut regretter l’absence des risques liés à l’utilisation des médias sociaux alors que Madame Weisgerber avait annoncé qu’elle allait développer les enjeux pratiques (6’29’’).

Même si la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle s’estompe, il me parait nécessaire de se fixer des règles pour éviter des dérives avec un impact négatif sur l’individu et plus largement sur la société.

Question 2 : Êtes-vous un enseignant connecté ? Justifiez votre expérience en l’illustrant d’exemples concrets.

Avant d’orienter ma carrière professionnelle vers l’enseignement, j’ai eu très souvent recours à différentes communautés en ligne pour rester informée, trouver des solutions, poser des questions, partager du code informatique. L’éducation ouverte (open education) me fait penser à la philosophie open source à laquelle j’ai adhéré. Mes centres d’intérêts se sont diversifiés et focalisés principalement sur l’apport du numérique en éducation dès 2012, année de mon entrée dans l’enseignement.

En matière d’outils, j’ai délaissé les newsgroups et forums au profit des médias sociaux. J’ai ouvert un compte Twitter en 2011 (@mf_coen), par curiosité dans un premier temps. Fascinée par la pertinence des informations qui me parvenaient en quantité par ce point d’entrée, j’ai découvert progressivement les usages du numérique en éducation par le biais d’enseignants innovants actifs en France et au Canada. Je consulte également des blogs et m’abonne dans la foulée aux comptes Twitter associés. La nécessité de conserver les « pépites » trouvées lors de mes consultations est immédiatement apparue. J’ai adopté Diigo dans un premier temps et Pearltrees un peu plus tard.
L’intérêt de mutualiser et commenter des ressources me semble aussi évident mais j’ai trouvé peu d’échos chez les collègues. L’expérience d’un groupe privé sur Diigo ne s’est pas révélée convaincante.

diigo
Groupe créé sur Diigo pour préparer l’arrivée des premiers ipads

La prise en main des outils est un obstacle, d’autant plus important si l’interface utilisateur n’est pas traduite en français, ce qui est le cas de Diigo. Il faut aussi pouvoir se repérer parmi les catégories d’outils existants. On en revient à l’incontournable nécessité de se former. Le forum TICS, les workshops spécifiques, séances d’information et partages d’expériences permettent de découvrir les possibilités en matière de TICE mais aussi d’élargir son réseau personnel d’apprentissage, en lui donnant un ancrage local. Grâce aux rencontres organisées par la cellule HETICE (ULg), aux MasterClass, j’ai pu établir des contacts avec mes homologues en poste dans d’autres Hautes Écoles.

J’ai développé un vif intérêt pour les outils que je n’hésite pas à comparer. J’ai donné mon point de vue concernant l’usage de Facebook pour effectuer une veille informationnelle. Je suis néanmoins présente et abonnée à plusieurs groupes : Les TIC en éducation, TICE en Belgique, « New World University. Let’s invent the future », … et j’y retrouve quelques collègues avec lesquels il m’arrive de partager l’une ou l’autre information professionnelle.
La connaissance des outils me permet d’effectuer un choix réfléchi lorsque je les intègre dans mon enseignement. En tant que maître-assistante chargée du cours de TIC dans plusieurs sections de la catégorie pédagogique, je souhaite transférer mes pratiques vers les étudiants. Dans le cadre d’une activité développée l’an dernier, j’ai encouragé les étudiants à organiser et à partager des ressources sur Pearltrees, outil jugé plus abordable que Diigo. En version gratuite, l’ensemble des ressources d’un compte sont publiques, ce qui semblait gêner les étudiants, préoccupés par la qualité des contenus qu’ils pourraient exposer ou proposer, en référence aux nombreuses ressources disponibles en ligne (enseignons.be) non validées par des « experts ». Si la prudence est de mise, comme pour n’importe quelle publication, j’estime qu’il faut s’engager dans la collaboration et le partage le plus tôt possible.

Extrait d’un travail :

Nous ne savions pas ce qu’était un site de social bookmaking. Nous avons donc effectué des recherches à ce propos sur Internet. Nous avons découvert qu’un social bookmarking était une façon pour les internautes de stocker, de classer, de chercher et de partager leurs liens favoris. Par conséquent, Pearltrees fait partie de ce genre de réseaux.

Nous avons ensuite découvert Pearltrees en autonomie. Nous avons créé un compte commun: Camal2015 ainsi que 4 comptes individuels. Après quelques manipulations, nous avons compris l’utilité et le fonctionnement du site et avons commencé à rassembler des ressources.

L’avantage majeur de ce site est que nous pouvons classer, répertorier et conserver les sites Internet que nous trouvons intéressants. C’est comme cela que nous avons « rangé » nos recherches (TBI, social bookmarking, français). Nous apprécions également l’interface du site: c’est assez clair. Nous pouvons y naviguer aisément.

Quelques désavantages du site: premièrement, la lenteur de son moteur de recherche. Deuxièmement, il faut absolument garder un esprit critique face aux ressources car cela reste un partage d’informations entre le commun des mortels.

Au hasard des recherches, nous avons trouvé une ressource sur les grandes découvertes. Comme c’était le sujet de stage de plusieurs élèves de la classe, nous en avons profité pour les leur envoyer via Pearltrees. Les autres groupes ont également échangé avec nous.

Question 3 : Si vous deviez devenir un enseignant plus connecté (ou si vous deviez renforcer cette identité), quels conseils donnés par la conférencière suivriez-vous ? Comment ? Pourquoi ?

Les canaux d’informations que je privilégie (Twitter, quelques blogs, Facebook) m’alimentent suffisamment aujourd’hui. Je ne vis pas dans l’angoisse de perdre une information importante et j’essaye d’être maître du flux que je choisis de recevoir. Dès lors, je ne ressens ni le besoin de travailler avec un agrégateur de flux RSS qui me prendrait par ailleurs un temps de gestion et de lecture complémentaires, ni la nécessité de travailler avec les moteurs de recherche et autres facilités offertes par les systèmes de social bookmarking.

Je reconnais un manque de rigueur dans ma pratique du balisage par rapport à celle décrite par la conférencière. Je n’associe pas systématiquement de mots-clés dans Diigo (ressources privées) et je dépose parfois des ressources dans un fourre-tout (panier) de Pearltrees, différant leur rangement. J’ai conscience de l’enjeu que représente la capacité à gérer une grande masse d’informations et je risque d’être perdue si je ne suis pas plus systématique dès à présent.

Sans effort exceptionnel basé sur une consultation régulière de mes outils, j’ai construit un petit entrepôt d’informations « brutes » à disposition du réseau qui utilise mes ressources.

pearltrees
Message automatique me signalant qu’un utilisateur partage de le même intérêt que moi

Je n’ai jamais franchi l’étape de curation qui consiste à produire de l’information enrichie, par exemple, de commentaires et réflexions comme on en trouve sur Scoop.it!.

Par rapport à l’agrégation de contenu, la curation demande un investissement plus important sur le plan cognitif. C’est la voie dans laquelle j’ai envie de m’engager davantage. L’expérience acquise jusqu’à présent me permet d’exprimer un positionnement que je n’aurais pas pu prendre en début de carrière.

La logique du partage rappelée par la métaphore des « lagniappes » est l’essence même des réseaux sociaux. Sur ce point, j’admets profiter des médias sociaux plus que je ne les alimente en retour. « Qu’ai-je à proposer ? » est la première question qui vient à l’esprit. La réponse pourrait venir de l’étape qui précède, à savoir, la curation.

Question 4 : Vos étudiants sont-ils connectés ? Explorez la liste d’outils Web 2.0 (cf. images ci-dessous) et décrivez en quelques lignes pour l’un de vos cours une activité d’apprentissage qui impliquerait l’utilisation d’un de ces outils (autre que la fabrication d’un diaporama) par vos étudiants. Quelle pourrait être la valeur ajoutée pédagogique d’une telle activité pour le cours dans lequel vous prévoyez de l’intégrer ?

La plupart des étudiants sont connectés via leurs réseaux sociaux de prédilection : Facebook, Snapchat, Whatsapp, musique en ligne. Ceux qui ne sont pas du tout connectés en début de cursus le deviennent rapidement parce que les informations au sujet des cours s’échangent sur le groupe Facebook de la classe. Les étudiants ne s’intéressent pas spontanément aux usages professionnels des médias sociaux, il est nécessaire de les initier pour qu’ils puissent en tirer parti le plus tôt possible dans leur formation.

Voici, dans les grandes lignes, une activité développée dans le cadre du cours de TIC suivi par de futurs régents. Cette activité consiste à revisiter une leçon présentée en stage en y intégrant la dimension technologique que l’on retrouve dans le modèle TPACK. Les objectifs poursuivis sont ceux-ci :

  • Rechercher des outils technologiques adaptés aux tâches et au contexte d’enseignement
  • Maîtriser le fonctionnement de ces outils
  • Scénariser une activité en intégrant des TIC
  • Identifier les plus-values et risques potentiels liés à l’utilisation des TIC

Il s’agit d’une activité d’exploration et, dans une moindre mesure, de création qui se déroule par groupes de deux ou trois étudiants. Le travail doit aboutir à une démonstration technique accompagné d’un rapport incluant une « fiche-résumé ».

Si les étudiants peuvent choisir une leçon à retravailler parmi celles qui ont été présentées en stage ainsi que les outils TIC, je pourrais par exemple imposer l’utilisation d’Evernote pour formaliser les différentes phases du travail. Il s’agit d’une application multi-plateforme permettant de prendre des notes à la manière d’un traitement de texte et de les organiser dans des carnets. Les notes comme les carnets sont partageables et disposent de droits d’accès (lecture seule, lecture/écriture). Il est possible d’associer des mots-clés à chaque note pour les retrouver ultérieurement via le moteur de recherche du système.

Je souhaite faire découvrir aux étudiants le travail collaboratif par l’intermédiaire de notes partagée dans lesquelles chacun apporte sa contribution (contenu, idées, commentaires). En pratique, les étudiants doivent créer un compte gratuit. Par groupe, les étudiants travaillent sur un carnet commun (partagé en modification) dans lequel on retrouveraient les composants utiles à l’élaboration du rapport final. Au terme du travail, les fiches-résumés pourraient être rassemblées et constituer l’embryon d’une bibliothèque de ressources internes.

Quelle est la valeur ajoutée pédagogique de l’activité pour le cours ?

Cette activité proposée sous forme de projet à réaliser par groupes motive les étudiants (Viau, 2009) :

  1. Ils connaissent le contexte (leurs propre leçons) et l’intégration du numérique dans les activités d’enseignement a du sens pour eux.
  2. Ils peuvent effectuer des choix (leçons, outils)
  3. Ils savent ce qui est attendu, connaissent leurs responsabilités et peuvent travailler de manière en autonomie pour atteindre les objectifs définis dans le cadre du projet

Il est évident que le projet transforme les étudiants en apprenants actifs contrairement à d’autres méthodes laissant les étudiants dans une posture plus passive. On peut dès lors s’attendre à un apprentissage en profondeur.

Le projet vise des objectifs relatifs aux savoirs et savoir-faire mais aussi de savoir-être. Ce type d’activité renforce l’esprit d’équipe et met en évidence l’intérêt de partager et confronter ses idées à celles des autres membres du groupe pour un enrichissement mutuel.

L’interaction avec l’enseignant est naturelle, elle permet un contact plus individuel par lequel l’étudiant peut obtenir des conseils spécifiques, en rapport avec ses préoccupations.

L’outil technologique facilite le partage d’informations, la production finale et la collaboration sur des tâches définies au sein du groupe. Les étudiants sont familiarisés avec ce type d’outils envers lequel ils développent rapidement un sentiment de compétences.

Deux questions complémentaires

  1. Nous n’avons aucune garantie par rapport à la pérennité des applications dans le cloud comme Diigo, Pearltrees, … Elles sont partiellement gratuites aujourd’hui mais le resteront-elles ? Peuvent-elles s’arrêter du jour au lendemain ? Faut-il prévoir un backup de son entrepôt de ressources ?
  2. D’un point de vue déontologique, peut-on obliger un étudiant à créer un compte sur un réseau social s’il s’y oppose pour raisons idéologiques ?

Carte conceptuelle

Les_médias_sociaux_au_service_de_ES

Bibliographie :

Polet, O. (2015). Le système éducatif rend les enseignants individualistes. L’Echo. Récupéré surhttp://www.lecho.be/actualite/archive/Le_systeme_educatif_rend_les_enseignants_individualistes.9693563-1802.art?ckc=1&ts=1446194724

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s